Libre opinion - Réponse d’un ‘’ nationaliste conservateur et laïc strict ‘’ à un groupe d’intellectuels désincarnés

Yves Chartrand, Montréal, 4 février 2010.

Peu leur importe les inquiétudes des Québécois d’origine française devant le fait d’être maintenant moins de la moitié des résidents de Montréal et d’avoir une faible capacité de bien intégrer les nouveaux arrivants et en français. Peu leur importe l’érosion de langue française à Montréal notamment et le fait que le Québec ne contrôle qu’une partie de son immigration, alors que l’autre relève du fédéral et n’impose aucune connaissance du français pour être admis sur le territoire québécois. Peu importe que certaines communautés ethniques enclavées dans un ghetto comme Parc-Extension ne veuillent pas parler français. Enfin, peu importe pour eux que la nation québécoise d’origine française disparaisse un jour de la carte du monde noyée dans un melting pot à l’américaine ou le multiculturalisme ‘’ canadian ‘’avec comme langue commune l’anglais. Ils font sans le vouloir le jeu de ceux qui veulent nous voir disparaître dans une soupe multiculturelle et qui salivent déjà ailleurs au Canada à la lecture de leur texte.

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Oui je l’avoue, j’assume, je suis un ‘’ nationaliste conservateur ‘’ et un
‘’ laïc strict ’’. C’est du moins ce que pense un groupe d’universitaires qui a publié dans les journaux un texte intitulé ‘’ Pour un Québec pluraliste ‘’, abrégé d’un Manifeste pour un Québec pluraliste. Moi qui ai des amis de différentes origines ethniques et qui suis membre de Québec Solidaire cela m’amuse de me faire traiter de nationaliste conservateur. Pour ces gens un défenseur de l’identité traditionnelle québécoise est un nationaliste conservateur et celui qui prône une pleine laïcité de l’état québécois est un laïc strict. Selon eux les nationalistes conservateurs et les laïcs stricts ‘’ se rejoignent d’abord dans une même attitude d’intransigeance à l’endroit des minorités, exigeant qu’elles se plient à une vision de la société québécoise qu’elles n’auraient pas contribué à forger.’’ Cela me fait un peu penser au débat sur la souveraineté du Québec où les tenants de l’indépendance se font traiter de ‘’ purs et durs ‘’. Avoir de solides racines, de la colonne et se tenir debout de nos jours au Québec ce n’est pas bien vu. Nous devrions encore une fois plier l’échine et tendre l’autre joue comme l’Église catholique nous l’a appris. Par malheur pour eux nous avons maintenant assez de confiance en nous pour résister à la culpabilité que devraient susciter de telles accusations et demeurer ouverts tout en fixant nos exigences vis-à-vis des nouveaux arrivants.

Il m’est arrivé de côtoyer certains des signataires de ce texte il y a une quinzaine d’années alors que travaillais moi-même dans ce le domaine de l’interculturalisme. J’ai eu plaisir à fréquenter et à échanger avec ces personnes d’une grande qualité autour notamment de L’Institut interculturel de Montréal et de L’APEIQ ( Association pour l’éducation interculturelle du Québec ). A l’époque j’étais cependant déjà mal à l’aise avec le fait que certaines de ces personnes manifestaient de l’intérêt pour toutes les cultures du monde sauf la culture québécoise, leur propre culture. Je comprends mieux aujourd’hui leur sensibilité et leur insensibilité à la lumière des débats actuels.

Ils sont sensibles aux droits individuels, aux droits des minorités, au respect de la culture et des traditions d’origine des autres et à l’exotisme. Ils sont insensibles aux droits collectifs, aux inquiétudes de la majorité, et à la culture et traditions des Québécois d’origine française. Ces personnes se situent dans un courant relativiste flottant au-delà des identités et des enjeux sociaux seulement inspirées par une idéologie et des théories déconnectées de la réalité. Pour eux les valeurs communes comme la démocratie, les droits, la liberté, le pluralisme et l’égalité des hommes et des femmes n’existent pas au Québec puisqu’elles sont parfois difficiles à définir et appliquer, ce qui les amène à dire ‘’ Il faudrait s’inquiéter si notre société était effectivement aussi consensuelle que les prétendent les chantres des valeurs communes ‘’.

Ils opposent aux visions qu’ils dénoncent une vision dite ‘’ ouverte et pluraliste de la société québécoise ‘’, une vision qui s’inscrit dans la continuité de l’interculturalisme développé au Québec depuis une vingtaine d’années. C’est cette dernière qui a notamment mené au concept des fameux accommodements raisonnables, aux réactions d’Hérouxville et à la Commission Bouchard-Taylor commission présidée par deux autres personnes émérites du milieu universitaire qui ne comprennent pas les Québécois dans leurs tripes et sont coupées de la vraie vie et du vrai monde, et n’ont pas fait avancer la discussion d’un pas tout en étant largement rémunérés. Les signataires du texte disent aussi ‘’ la position pluraliste considère que les membres des minorités ne doivent pas être victimes de discrimination ni d’exclusion sur la base de leur différence, et l’intégration des immigrants à la société québécoise ne doit pas exiger une assimilation pure et simple ‘’. Depuis quand les nouveaux arrivants sont obligés de manger de la tourtière, de faire des danses carrées ou de croire en Dieu ? Ils laissent également entendre que nous ne reconnaissons pas l’apport des gens d'autres cultures à l’histoire du Québec. Faux, même la Société Saint-Jean Baptiste parle régulièrement de l’apport des Québécois de toutes origines à l’histoire du Québec notamment dans sa publication Le Patriote. À aucun moment ces personnes ne considèrent les immigrants autrement que comme des victimes et non pas comme des Québécois à part entière responsables de leurs actes en ce qui concerne leur degré d’intégration à la société québécoise. Ils disent que le devoir d’adaptation est réciproque, mais dans les faits la société d’accueil doit faire tout le chemin.

Pour ce qui est du débat sur le port d’un signe religieux chez les fonctionnaires ils disent dans leur texte que ‘’ Le fait qu’un agent de l’État affiche un signe d’appartenance religieuse ne l’empêche nullement d’appliquer des normes laïques de façon impartiale ‘’. Encore une fois le respect des droits individuels passe pour eux avant les droits d’une collectivité de fixer via l’état ses exigences
de laïcité. Les auteurs défendent dans l’absolu les droits individuels et les chartes de toute sorte sans tenir compte des droits collectifs et des valeurs communes que s’est donnés la société québécoise. Ils disent aussi d’une éventuelle charte de la laïcité ‘’ une telle charte serait avant tout un instrument juridique interdisant la manifestation de l’adhésion religieuse dans la sphère publique ainsi que les demandes d’accommodement pour motif religieux ‘’. Et pourquoi une telle charte ne viserait’elle pas à renvoyer les manifestations religieuses dans la sphère privée et à freiner les abus comme par exemple vouloir exempter une jeune fille du cours d’éducation physique à l’école ?

Peu leur importe les inquiétudes des Québécois d’origine française devant le fait d’être maintenant moins de la moitié des résidents de Montréal et d’avoir une faible capacité de bien intégrer les nouveaux arrivants et en français. Peu leur importe l’érosion de langue française à Montréal notamment et le fait que le Québec ne contrôle qu’une partie de son immigration, alors que l’autre relève du fédéral et n’impose aucune connaissance du français pour être admis sur le territoire québécois. Peu importe que certaines communautés ethniques enclavées dans un ghetto comme Parc-Extension ne veuillent pas parler français. Enfin, peu importe pour eux que la nation québécoise d’origine française disparaisse un jour de la carte du monde noyée dans un melting pot à l’américaine ou le multiculturalisme ‘’ canadian ‘’avec comme langue commune l’anglais. Ils font sans le vouloir le jeu de ceux qui veulent nous voir disparaître dans une soupe multiculturelle et qui salivent déjà ailleurs au Canada à la lecture de leur texte.

Ces intellectuels tout comme nos politiciens vivent dans leur tour d’ivoire. En plus d’avoir la tête dans les nuages, leur approche ouvre toute grande la porte à la xénophobie et au racisme malgré leurs bonnes intentions. La reconnaissance de la diversité et l’ouverture aux autres ne riment pas avec nier sa propre existence. Si la situation ‘’ pette ‘’ à un moment donné ils n’auront qu’en s’en mordre les doigts.

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