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La cuisson à feu doux

Blogue de Joseph Facal, 10 novembre 2009.

« Quand vous aurez tous été vaccinés, vous pourrez recommencer à vous intéresser à une autre sort de mort. La cuisson à feu doux de tout un peuple.

Plus de la moitié des immigrants qui ne connaissent pas le français sont ici depuis plus de quinze ans. La francisation des immigrants qui ne sont pas d’origine latine, qui sont 35% du total, stagne autour de 15% depuis trente ans.

Sur l’île de Montréal, l’usage du français au travail par les allophones n’a pas progressé depuis la fin des années 70. Entre 30 et 40% des immigrants qui ne parlent pas français ne suivent pas de cours pour l’apprendre.

Parmi ceux qui suivent des cours de français, le tiers les abandonne avant la fin. Plus de 40% des allophones diplômés du secondaire francophone vont dans des cégeps anglophones, qui sont une filière déterminante de la langue ultérieure de travail.

On trouve certes des données positives. La proportion d’immigrants connaissant le français à leur arrivée est passé de 37 % en 1995 à 60 % en 2007. Évidemment, puisque le Québec priorise le recrutement dans les bassins francophones.

Depuis trente ans, la proportion d’enfants allophones fréquentant l’école française primaire et secondaire est passée de 20 % à 79 %. Évidemment, puisque c’est ce que la loi 101 impose.

Environ 72 % des jeunes Québécois de langue maternelle anglaise, âgés de cinq à quinze ans, disent savoir le français. Je soupçonne toutefois qu’ils parlent français comme les francophones parlent anglais. Mal.

Autrement dit, les seuls résultats positifs sont des conséquences directes de l’adoption de la loi 101 et de la politique d’immigration que l’on sait. Il a donc fallu ramer contre le sens naturel du courant pour enregistrer quelques progrès. Depuis trente ans, les tribunaux fédéraux n’ont cependant pas cessé d’affaiblir la loi 101.

Bref, les données qui justifient l’inquiétude sont indiscutablement plus significatives que celles qui justifient l’optimisme. À l’extérieur de la région métropolitaine, on ne réalise absolument pas que le Québec devient rapidement une grosse Acadie.

Le souci des nuances et de la complexité ne doivent pas empêcher de voir la tendance générale : le poids du français, mesuré en proportion de gens le parlant à la maison, qu’il s’agisse de leur langue maternelle ou d’une langue apprise, recule à Montréal, recule au Québec et recule au Canada.

Le Québec est la seule société au monde où l’avenir de la langue de la majorité dépendra de ses choix et de ses comportements. La seule au monde. Partout ailleurs, la langue parlée par la majorité n’est pas en danger parce que les immigrants doivent absolument l’apprendre pour vivre. Pas ici.

Évidemment, les francophones ne s’aident pas quand ils passent immédiatement à l’anglais pour être gentils et « ouverts », ou parce que c’est plus rapide pour se faire comprendre… chez eux.

Chaque individu pourrait certes faire mieux. Nommez-moi cependant une autre société dans le monde où il revient à chaque individu de porter sur ses épaules le destin de tout son peuple parce que ses dirigeants refusent de le faire. »

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