Forum : Libre opinion - Le Québec français est en danger!

Georges Le Gal, Montréal

Je crois que oui.

Avant de vous dire pourquoi, pour ceux qui ne me connaissent pas et qui seraient tentés de dire que je ne connais rien en la matière et que je ne suis qu’un borné nationaliste « pur et dur », voici un court résumé.

Fils d’immigrants bretons installés dans l’Ouest canadien au début du 20e siècle, après un an d’études en France, j’ai vécu avec ma famille tour à tour à Ottawa, Gatineau, Vallée de la Gatineau et Blainville avant de prendre ma retraite à Montréal.

Vie familiale heureuse, carrière comblante, implication politique et communautaire enrichissante, j’aime vivre à Montréal. En plus de mon engagement dans le Mouvement Montréal français, je participe avec plaisir à un jumelage linguistique hebdomadaire et j’ai même deux immigrants bien intégrés dans ma propre famille. Enfin, je suis en excellente santé.

C’est quoi le problème, alors?

Et bien, j’ai quitté mon Manitoba natal pour le Québec au début des années 1970 parce que nous n’étions plus que 2% de parlant français et que je voulais que ma famille puisse vivre en français et se comporter en majoritaire.

Or, le 19 octobre dernier, j’ai assisté avec plus de 300 autres personnes à la grande assemblée publique : L’avenir du Québec passe par les études supérieures en français organisée par le MMF, la SSJB de Montréal et le SPQ Libre.

Bernard Landry, ancien premier ministre; Charles Castonguay, mathématicien; Jean-Claude Germain, écrivain et dramaturge;, Mario Beaulieu, président de la SSJB de Montréal; Rachel Chagnon du Syndicat des professeurs de l’UQÀM; Akos Verboczy, commissaire à la CSDM et Pierre Serré, politologue, ont expliqué pourquoi le cégep en français doit être obligatoire pour les nouveaux Québécois, pourquoi le financement des universités anglophones québécoises est injustement disproportionné et comment les Québécois francophones sont en train de perdre la bataille de la majorité.

Deux heures de conférences bien documentées, deux heures de vérités qui faisaient mal, deux heures de prises de conscience que le Québec français et la nation québécoise sont menacés.

Si vous pensez que j’exagère, prenez le temps de visionner la vidéo des conférences de cette assemblée publique. C’est captivant et inquiétant.

Captivant et inquiétant, car j’ai la conviction comme observateur averti de la scène linguistique et politique que le Québec en se canadianisant de plus en plus est en train de se louisianiser tranquillement, mais sûrement.

En effet, la Loi 101 adoptée en 1977 a été habillement charcutée des centaines de fois depuis par la Cour suprême canadienne, le dernier exemple étant la Loi 104 permettant aux Québécois de tricher pour aller à l’école anglaise. En plus, les gouvernements successifs n’ont pas fait respecter ce qui reste de la Charte de la langue française de sorte que la langue d’affichage n’est souvent pas respectée, ni le français langue de travail. Le gouvernement encourage l’utilisation de l’anglais dans ses communications, avec les citoyens et les entreprises dont notre Mouvement Desjardins, suivent son exemple. Notre gouvernement québécois encourage les immigrants à s’additionner à la minorité anglophone en les laissant fréquenter les cégeps anglophones et en subventionnant de façon injuste et disproportionnée les universités anglophones au détriment des universités francophones. Enfin, que dire du scandale des deux mégas centres hospitaliers universitaires que nous prépare le gouvernement avec la complicité de l’opposition?

Oui, Montréal, et de plus en plus sa banlieue, devient de moins en moins québécoise et de plus en plus canadienne, c’est-à-dire de plus en plus obligatoirement bilingue et anglaise et de plus en plus multiculturelle comme le reste du Canada.

Et, comme pour mon Manitoba natal qui à son entrée dans la Confédération canadienne était majoritairement francophone, le gouvernement et l’opposition officielle laissent la Cour suprême du Canada et sa Charte des droits et libertés faire ses basses œuvres en nous enlevant morceau par morceau notre protection culturelle et linguistique tout en accueillant chez nous quelque 50 000 immigrants annuellement sans prévoir un programme québécois complet, et respectueux d’intégration à la langue, à la culture et aux valeurs du Québec.

Aujourd’hui nous ne sommes que 2% de Québécois dans une mer anglophone en Amérique du Nord, mais nous avons encore la possibilité mathématique d’élire des gouvernements qui pensent et agissent en Québécois d’abord, plutôt qu’en Canadian d’abord. Par contre, si nous ne nous réveillons pas bientôt ce sera trop tard pour le Québec français et la nation québécoise quoi qu’en disent les Lysiane Gagnon, André Pratte et autres bien pensant politiques. Nous deviendrons une autre minorité en voie d’extinction!

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