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Schizophrénie bilingue

Christian Rioux - Le Devoir - vendredi 04 septembre 2009

(...)« Nous sommes allés au chalet but it was raining. Demain, I'll stay home. »(...)
Cet exemple illustre la bilinguisation croissante qui afflige la métropole depuis quelques années.(...)

« La scène se passe au coin des rues Mont-Royal et Saint-Denis. Je klaxonne pour qu'un automobiliste déplace sa voiture garée devant une entrée de garage. Un bon samaritain qui passe par là demande aussitôt au propriétaire de déplacer son automobile. Les deux hommes s'adressent à moi et se parlent en anglais. Lorsque vient le temps de les remercier, je leur fais mes salutations en français avant de découvrir qu'ils parlent français comme vous et moi, avec, en plus, un fort accent de l'est de Montréal. Pourquoi alors se sont-ils tous deux adressés à moi en anglais? Mystère!

Ces anecdotes sont de plus en plus courantes à Montréal. Permettez-moi cette hypothèse. Un certain nombre de Montréalais francophones passent automatiquement à l'anglais dès qu'ils ont le moindre doute que leur interlocuteur est anglophone ou qu'il vient de l'étranger. Ils le font machinalement sans vérifier la langue de celui à qui ils s'adressent. Au fond, ils agissent comme si le français n'était pas une des grandes langues internationales de notre époque, mais une sorte de patois juste bon pour s'adresser aux membres de sa tribu. En d'autres mots, le français c'est bon pour la rue Panet, pas pour Saint-Denis et Sainte-Catherine.

Je n'étais pourtant pas au bout de mes surprises. Quelques jours plus tard, nous sommes dans la salle des arrivées de l'aéroport de Dorval. À mes côtés se trouvent deux jeunes immigrants dans la vingtaine. Il s'agit visiblement de deux enfants de la loi 101, la première génération d'immigrants formée à l'école française. En tendant l'oreille, j'ai d'abord cru qu'ils parlaient portugais ou arabe à cause de leur accent. En réalité, ils pratiquaient un baragouin encore plus incompréhensible dans lequel alternaient les phrases en anglais et en français. De là où il était, Pierre Elliot Trudeau devait arborer son petit sourire narquois.

Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que l'un parlait anglais et que l'autre lui répondait en français. Ni qu'ils saupoudraient des mots d'anglais dans des phrases en français. Chaque phrase en français était immédiatement suivie d'une phrase en anglais. Du genre: «How are you today? Moi je suis allé au lac. The water was very cold. On n'a pas eu d'été.» Et ainsi de suite. C'est bien la première fois que j'entendais un tel charabia ailleurs que dans les caricatures de Justin Trudeau.

J'ai suivi ce petit manège pendant un bon quart d'heure. Jusqu'à ce que l'un passe du français à l'anglais dans la même phrase. Cela ressemblait à: «Nous sommes allés au chalet but it was raining. Demain, I'll stay home.» Ce marivaudage linguistique n'était aucunement justifié par la méconnaissance d'une langue ou de l'autre de la part d'un ou des deux interlocuteurs. Tout semblait parfaitement volontaire. Je vous laisse pourtant deviner la quantité d'anglicismes, surtout syntaxiques, qui émaillaient leurs phrases en français. D'aucuns auraient pu dire qu'ils parlaient anglais en français.

Cet exemple illustre la bilinguisation croissante qui afflige la métropole depuis quelques années. J'hésite toujours à parler de «recul du français», car ces mots ont tendance à trop simplifier les choses. La situation est en réalité plus complexe. Les francophones de Montréal ne sont pas confrontés à la vaste entreprise d'assimilation dont avait rêvé, à son époque, un certain lord Durham. Ce projet n'a triomphé qu'à l'extérieur du Québec. À Montréal, les choses sont en fait beaucoup plus subtiles.

Statistiquement, le français ne recule pas vraiment au Québec. Peut-être même est-il parlé par de plus en plus d'immigrants, d'enfants d'immigrants et même d'anglophones. Cependant, à cause de la mondialisation, des quotas élevés d'immigration, de l'exode vers les banlieues, mais aussi du relâchement de notre vigilance, les habitants de la métropole vivent dans un environnement de plus en plus bilingue où l'on passe indifféremment du français à l'anglais. Pas surprenant que les nouveaux arrivants en viennent à considérer le Québec comme une nation intrinsèquement bilingue. À Dorval, ceux que j'avais sous les yeux semblaient parler deux langues secondes, comme on disait autrefois de l'ancien premier ministre Jean Chrétien. Or, il serait irresponsable de ne pas en conclure que cet équilibre linguistique précaire rend le statut du français éminemment fragile dans un continent où l'anglais domine sans partage toutes les sphères de la vie. Un tel équilibre ne peut pas durer toujours et, à terme, il jouera inévitablement en faveur de l'anglais.

Depuis quelques années, chaque fois que je reviens à Montréal, j'ai l'impression croissante de me retrouver dans la situation que décrivait le poète Gaston Miron lorsqu'il dénonçait le bilinguisme anormal qui existait au Québec. C'est ce même « bilinguisme schizophrène » qui oblige chacun à « vivre en stéréo », celui du « traduit-du », disait le poète, que nous imposons aujourd'hui aux immigrants. Et cela, même si la moitié de ceux qui débarquent parlent déjà le français avant de poser le pied chez nous.

« Les Danois sont bilingues avec les autres. Nous sommes les seuls qui sommes bilingues avec nous-mêmes », disait Miron. Nul n'a mieux compris la complexité de notre situation linguistique. Ces mots n'ont pas pris une ride. »

Source.

Le bilinguisme: une illusion.

Soumis par jmk le 04 septembre 2009 - 20:17.

Le bilinguisme: une illusion.

La connaissance d’une ou de plusieurs langues autre que sa langue maternelle est important. Au delà de l'utilité éventuelle dans le monde du travail, cette connaissance contribue à notre ouverture d'esprit vers d'autres cultures et d'autres pensées. Qui plus est, la multiplicité et la variété des échanges à travers le monde rend encore plus nécessaire l'apprentissage d'autres langues.
Mais cela ne justifie pas le bilinguisme généralisé. C'est d'un autre ordre. Le bilinguisme dans le contexte québécois, où l'anglais domine sur tout le continent nord-américain, a des effets pervers. Il résulte souvent en un appauvrissement de l'une ou des deux langues considérées; ici le français. Pourtant, pour beaucoup d'entre nous, cela devient une obsession que cette accession au bilinguisme, le rêve de beaucoup de parents pour leur progéniture. Au point que certains envoient leurs enfants au primaire dans des écoles privées où l'enseignement est donné en anglais. Que ne fait-on pas pour arriver à ce statut dit de "bilingue". Dans ce choix des parents il est clair que derrière cette idée de bilinguisme, ce qui est recherché avant tout c'est la maîtrise de l'anglais quitte à délaisser le français. On emploie même l'expression "parfaitement bilingue". C'est une illusion. Il faudrait bannir cette expression. Les personnes parfaitement bilingues sont rares. Pourtant le qualificatif "bilingue" est largement utilisé dans l'usage courant. Que signifie-t'il? Est ce anodin? En arrivant à Montréal, dans un premier temps on peut être impressionné par ces personnes dites bilingues, qui passe d'une langue à l'autre sans y penser. Mais après quelques temps, on se rend compte de mélanges: le bilinguisme fait son apparition dans une même phrase. Puis, plus grave, on constate surtout l'appauvrissement du vocabulaire. Et oui, à force de rechercher cet idéal de bilinguisme, on finit par ne plus oser utiliser une partie de son vocabulaire puisqu'on ne connaît pas l'équivalent dans l'autre langue. Et c'est ainsi qu'on finit par se déclarer parfaitement bilingue. Il est plus facile de devenir bilingue avec un vocabulaire de 20 000 mots qu'avec un vocabulaire de 70 000. Si vous faites partie de la catégorie des parfaitement bilingues, faites l'expérience: sans réflechir, dîtes en anglais "varlope", "florilège", "mortaise" et "chétif". Et, à force de ne plus utiliser une partie de son vocabulaire, on oublie. Et notre pensée s'exprime de façon moins précise, nous devenons dépendant de notre propre censure. A preuve, ces personnes qui, au travail, finissent par écrire difficilement en français à force de toujours privilégier l'anglais.

L'exemple de la lecture peut aussi illustrer l'illusion que représente le bilinguisme. Certains aiment lire des œuvres en anglais. Très bien. Surtout quand la traduction est de piètre qualité. Et pourtant, si vous pouvez facilement lire le dernier Mary Higgins Clark, pouvez-vous en faire autant avec les œuvres de Dickens, Hemmingway ou Shakespeare? Par contre, vous serez en mesure de lire des œuvres de la littérature francophone, même ardues. Et c'est d'ailleurs cette lecture qui vous permettra d'élargir votre vocabulaire.

Alors plutôt que de viser le bilinguisme, renforçons notre français, ce bien précieux, enrichissons notre vocabulaire et fixons nous comme humble objectif de perfectionner notre connaissance des autres langues.

Si on envoie nos enfants aux écoles angl., le fr. va disparaître

Soumis par Mazinger Z le 04 septembre 2009 - 21:20.

C'est bien beau vouloir à tout prix apprendre l'anglais à nos enfants mais c'est le français la langue du Québec. Je ne voie pas pourquoi nos enfants devraient mieux maîtriser la langue du Canada et des Etats-Unis plutôt que notre propre langue. C'est le français qui est prioritaire ici. Mais on dirait qu'il l'est de moins en moins.

Mais je vous le dit moi. Si le monde envoie leurs enfants dans des écoles anglaises, d'ici 2 générations, le français aura disparu.

C'est facile à comprendre pourquoi. Si nos enfants vont dans des écoles anglaises, ils vont parler principalement l'anglais, avoir des amis anglais et donc forcément penser en anglais. Lorsqu'ils auront atteint l'âge adulte, puisqu'ils pensent en anglais, ils vont parler et apprendre à leurs enfants l'anglais. Donc nous ne seront même plus capable de communiquer en français avec nos petits-enfants.

Va falloir cesser d'être intimidé par l'anglais et toujours virer en anglais dès qu'on voit un non-québécois. Va falloir cesser de toujours offrir des services en priorité en anglais à nos immigrants sinon ils vont tous passer du côté anglais. Et surtout, le Québec est francophone, arrêtez donc de lancer à nos enfants le message qu'ils doivent perfectionner leur anglais au détriment du français.

Donner des cours d'histoire, géographie ou peu importe en anglais, ou pire l'ensemble des cours en anglais, va avoir des conséquences catastrophiques pour le français.

On en voit déjà les conséquences avec les adolescents et avec le reportage dont vous citez ici.

Nous ne sommes pas une société bilingue. Avant de perfectionner l'anglais, il faut perfectionner son français, ce qui ne semble vraiment plus être une préocupation du gouvernement actuel "anglophone" de Mr. John James Charest

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